Alfred Wegener, les mouvements du monde

Novembre 1930, Groënland. Alfred Wegener, astronome et météorologue né à Berlin le 1er novembre 1880, organise sa survie et celle de son équipier en ce début de nuit polaire. Son dernier compagnon d’infortune n’est autre que notre envoyé spécial spatiotemporel qui avait infiltré l’expédition sous le nom de Rasmus Villumsen. C’est l’occasion de parler à Alfred Wegener de son livre qui, édité pour la première fois en 1915, finira par le rendre célèbre : “La genèse des continents et des océans”.

Wegener

Rasmus Villumsen : Si on s’en sort, Alfred, tu reprendras ta théorie sur la dérive des continents ?
Alfred Wegener : Non, la tâche est trop difficile pour un seul homme. Il faudrait qu’un groupe scientifique pluridisciplinaire s’en empare pour la faire progresser. Mais la plupart des savants tentent toujours de faire prévaloir leur propre domaine pour discuter mon idée. C’est épuisant, d’autant que c’est une erreur : on ne pourra trouver la meilleure théorie qu’en tenant compte de tous les indices. Et sur la translation des continents, il y a des données qui relèvent de la géophysique, de la paléontologie, de la zoologie et de bien d’autres sciences. Je vais laisser tomber et ne rééditerai mon livre que si le besoin s’en fait sentir.

RV : Mais, au fait, d’où t’est venue cette idée ?
AW : De beaucoup de…, passe-moi les allumettes, s’il en reste, beaucoup de facteurs. La théorie classique, qui explique l’existence des montagnes par des plissements dus au refroidissement de la Terre, comme une pomme ridée, est insuffisante pour expliquer de nombreuses coïncidences. D’abord, regarde l’incroyable complémentarité des côtes du Brésil et de l’Afrique. Ça ne t’intrigue pas ? Et on a trouvé des fossiles identiques de part et d’autre de l’Atlantique… Et puis on remarque des traces de paléoclimats incohérents : le sud de l’Afrique était glaciaire, presque comme ici, et l’Europe était tropicale…

RV : Bref, tous les indices convergent. Et pourtant, ta théorie n’a jamais été reconnue.
AW : Chaque fois qu’une idée nouvelle invalide ce que l’on croyait acquis, elle soulève de profondes réticences. Principalement de la communauté scientifique, d’ailleurs, alors que c’est pourtant d’elle dont on attend la reconnaissance. Mais c’est normal. Si tu expliques à quelqu’un que tout ce qu’il est fier d’avoir appris est faux, ne t’attends pas à ce qu’il l’accepte avec joie. L’Histoire est pleine d’exemples de ce genre.

RV : Mais que t’ont rétorqué tes détracteurs, face à tes arguments ?
AW : Ils m’ont surtout demandé comment j’expliquais “mon” mouvement des continents et, sur ce point, je n’ai rien trouvé de définitif. J’ai pensé qu’il pouvait être dû à l’attraction de la Lune, mais Harold Jeffreys, un géophysicien, m’a ridiculisé en démontrant que c’était irréaliste… Mais pourquoi tu t’intéresses à tout ça, toi ?

RV : Parce qu’en fait, je viens de l’avenir… Et je peux te dire que la vérité de ta théorie sera bientôt reconnue. Il n’y manque que la véritable raison de la dérive des continents et la voici : l’intérieur de la Terre est fluide et animé en permanence de mouvements de convection très puissants. Ils ont démantelé le grand continent préhistorique, que tu appelles la Pangée, et continuent à faire dériver les quatorze grandes plaques qui en ont résulté.
AW : Eurêka ! Dès notre retour en Europe, nous reprendrons mon livre ensemble, d’accord ?

RV : D’accord, Alfred.

Le corps gelé d'Alfred Wegener sera découvert le 12 mai 1931 et celui de Rasmus Villumsen n'a jamais été retrouvé. La même année, le géologue britannique Arthur Holmes publiera un article scientifique sur les “mouvements de convection du manteau”, qui sera à l'origine de la reconnaissance de la tectonique des plaques.

Mis à jour le 
29/05/2015