Antoine d’Abbadie d’Arrast
Euskaldunen Aïta (1)

Antoine d’Abbadie d’Arrast est né le 2 janvier 1810 à Dublin, d’une mère irlandaise et d’un père français ayant fuit la Révolution. Mais notre envoyé spatiotemporel l’a attendu chez lui, à Hendaye, en une belle journée d’automne 1892. De retour de Paris après avoir reçu une prestigieuse nomination et impatient de reprendre ses activités dans l’observatoire de son château, il nous a toutefois accordé, avec le sourire, le temps d’un entretien…

Antoine d’Abbadie d’Arrast

IGN : Antoine, vous venez d’être nommé directeur de la Société de géographie de Paris. A quoi devezvous cette nomination ?
Antoine d’Abbadie d’Arrast : Mes études m’ont toujours poussé vers l’exploration géographique. Ce n’est pas pour rien que j’ai étudié au Museum d’Histoire naturelle après avoir suivi des cours à La Sorbonne. Mais ma vocation m’est vraiment venue à 26 ans, lorsque j’ai rejoint une mission scientifique au Brésil. J’y ai réalisé des opérations de géodésie et de mesure du magnétisme terrestre qui m’ont passionné.

IGN : Et, depuis, vous vous êtes concentré sur les études géographiques ?
AAA : Oui. Enfin… plus ou moins. Deux ans plus tard, je me suis lancé dans l’exploration de l’Ethiopie avec mon frère. Nous y sommes restés douze ans. C’est un pays fantastique, mais trop méconnu. J’espère que les cartes que j’ai pu en dresser, les études linguistiques et ethnologiques que j’ai pu y faire donneront à d’autres l’idée de le découvrir. A mon retour, j’ai repris mes études du magnétisme, qui m’ont permis de visiter bien des pays : la Norvège, l’Algérie, Haïti… et j’ai élargi mon intérêt à l’astronomie. Sans cela, il n’y aurait sans doute pas d’observatoire dans cette demeure… D’ailleurs, souhaitez-vous le visiter ?

IGN : Certainement. C’est très aimable à vous.
AAA : Suivez-moi…

IGN : Merci. Il date de 1858, n’est-ce pas ?
AAA : Non. En 1858, c’était l’ancien. Son style s’accordait mal avec celui de cette demeure, que Viollet-le-Duc m’a dessinée au début des années soixante. Alors, nous avons refait l’observatoire en 1876. Entrez, je vous en prie. Vous constatez que j’en ai profité pour en faire un haut lieu de la technique. Il y a ici les instruments les plus pointus du monde : lunette méridienne, horloges de précision.

IGN : Mais… vos horloges sont divisées en 100 minutes.
AAA : Hé bien… oui. Ce sont les mesures françaises, n’est-ce pas ? Depuis l’établissement du mètre, tout est devenu décimal, y compris les mesures d’angles : nous utilisons les grades et les heures décimales. Et ceci est la Nadirane. Avec elle, on peut mesurer la déviation de la verticale et même enregistrer des secousses sismiques. Impressionnant, non ?

IGN : Effectivement. Mais vous avez hésité, tout à l’heure, au sujet de l’exclusivité géographique de vos activités. Vous pensiez à votre carrière politique ?
AAA : “Carrière politique”, c’est beaucoup dire. Rien à voir avec celle de mon ami Louis-Napoléon Bonaparte. J’ai été maire d’Hendaye pendant quatre ans, c’est vrai. Mais ce qui m’intéresse le plus, à ce sujet, c’est la préservation de la culture et de la langue basques. Je pense que mon approche des peuples éthiopiens m’a beaucoup sensibilisé à la richesse des différentes cultures, dont la mienne. Elle est très riche, vous savez. Vous devriez venir à mes fêtes euskariennes, vous verriez, c’est magnifique. Tenez ! Je vous laisse un exemplaire des études grammaticales de la langue euskarienne que j’ai réalisées avec mon ami Antoine Xaho. Je suis sûr que ça va vous intéresser et qu’un jour, vous clamerez avec nous : “Zazpiak bat” (2) !

                         

(1) Traduction : père du peuple basque
(2) Traduction : “Les sept sont Un” (injonction pour l’unité des sept provinces basques)

Mis à jour le 
19/05/2015