Charles-Marie de la Condamine, un savant aventurier

Charles-Marie de la Condamine rentre d’un voyage scientifique qui a duré plus de 10 ans. Parti pour démontrer que la Terre est aplatie aux pôles, il rapporte bien d’autres observations. Nous sommes en 1747, notre envoyé spécial remonte le temps pour le questionner.

Charles-Marie de la Condamine

IGN : Vous êtes un scientifique de renom. Pourtant, vous n’y étiez pas destiné, n’est-ce pas ?
Charles-Marie de la Condamine : Non, effectivement. Après mes études au lycée, j’ai choisi la carrière militaire et servi dans la cavalerie française pendant la guerre contre l’Espagne en 1719. Mais, cette guerre terminée, la vie monotone des casernes m’a vite ennuyé. J’ai alors quitté l’armée pour reprendre mes études. En une dizaine d’années, j’ai étudié les mathématiques, l’astronomie, la physique, l’histoire naturelle et la médecine… ce qui m’a valu, à l’âge de 30 ans, de devenir membre de l’Académie des sciences de Paris.

IGN : C’est de ce moment que date votre première grande exploration ?
C-M.C : Oui, les voyages m’ont très tôt passionné. En 1731, j’ai obtenu un poste dans la flotte de Duguay-Trouin et je suis parti pour le Proche et Moyen-Orient. Une année de visite d’Alger à Constantinople en passant par Tunis, Tripoli, Alexandrie, Jérusalem et la Terre Sainte, Chypre… un voyage passionnant, d’où nous avons rapporté une multitude d’observations dans les domaines des sciences naturelles, de l’archéologie et, aussi, sur les coutumes des pays visités.

IGN : En 1735 , pourquoi vous envoie-t-on au Pérou ?
C-M.C : À mon retour en France, une question agite le monde scientifique : la Terre est-elle vraiment ronde ou serait-elle plutôt aplatie, en forme d’ellipsoïde, comme le soutient Newton ? Si tel était le cas, le rayon équatorial serait plus long que le rayon polaire… Or d’autres scientifiques, comme Cassini II, défendent la théorie inverse : la Terre serait plutôt allongée vers les pôles. Pour trancher ce différend, il fallait donc mesurer avec précision l’arc du méridien, aux hautes latitudes d’une part et à l’équateur d’autre part. Ainsi, deux expéditions ont été organisées il y a un peu plus de dix ans : Maupertuis s’est embarqué pour la Laponie avec Clairaut et moi pour le Pérou. Je suis arrivé à Quito avec neuf savants de renom: des mathématiciens dont Louis Godin, le chef de l’expédition, Joseph Jussieu, le botaniste, Pierre Bouguer, physicien et hydrographe, un naturaliste, un aidegéographe , un horloger, des techniciens et un chirurgien.

IGN : Vous voulez dire Quito… en Équateur ?
C-M.C : Non… Je ne sais pas ce qu’il en est à votre époque mais, actuellement, Quito est bel et bien au Pérou.

IGN : Comment cette expédition s’est-elle passée ?
C-M.C : En fait, pas très bien. Les travaux se sont mal coordonnés. Les autorités espagnoles ont vu nos recherches d’un très mauvais œil, nous soupçonnant de nous intéresser d’un peu trop près à ce territoire qui leur appartient. Nous avons eu à déplorer la mort de trois membres de l’expédition. Et, finalement, nous avons été devancés par l’expédition polaire, qui a démontré avant nous que Newton avait raison : le rayon polaire est plus court que le rayon équatorial et la Terre est donc aplatie aux pôles.

IGN : Vous n’êtes pas rentré en France par la route la plus simple, me semble t-il ?
C-M.C : C’est juste. J’ai fait un détour par l’Amazone pour établir une carte de ce fleuve qui restait inexploré. Nous étions sur un radeau, au milieu d’une nature très abondante et pas toujours hospitalière ; c’était assez épique. J’ai pu observer des plantes très intéressantes comme la gomme d’hévéa, un matériau imperméable qui me semble très prometteur. J’ai aussi été intéressé par une plante que les Indiens utilisent comme poison : les Yameos, notamment, y trempent la pointe de leurs flèches. Il tue l’animal touché en moins d’une minute.

IGN : On dit aussi que vous avez rapporté une fièvre de là-bas…
C-M.C : Oui, une fièvre transmise par les moustiques… Mais j’ai bon espoir de guérir, car j’ai observé les effets d’une plante, la quinquina, avec laquelle les Indiens se soignent. Ils ont d’ailleurs également une pratique assez singulière pour prévenir de la petite vérole : l’inoculation. Ce sujet sera l’un de mes prochains thèmes d’études. J’espère avoir l’occasion de vous en parler une autre fois…

Mis à jour le 
21/05/2015