Delambre et Méchain, les Maîtres du mètre

Aussi inséparables que les noms de Clairaut et Maupertuis avec l’expédition de Laponie, ou ceux de Bouguer et La Condamine avec celle du Pérou, les noms des académiciens scientifiques Delambre et Méchain resteront à jamais associés via la mesure de la Méridienne entre Dunkerque et Barcelone. Portrait croisé de ces deux savants de l’époque révolutionnaire...

Delambre et Méchain

IGN : Pierre Méchain, après l’Ecole des Ponts, vous avez commencé votre carrière à l’ancêtre du Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM)…
Pierre Méchain : En effet, j’ai été nommé hydrographe au Dépôt des cartes de la Marine en 1772 et j’y travaillais le jour en effectuant des calculs car j’étais assez doué en mathématiques et en physique. Mais, ma véritable passion, c’était l’astronomie que je pratiquais la nuit…

IGN : Avez-vous avez découvert des objets célestes ?
PM : Huit comètes, en tout, je crois… et je déterminais aussi leurs orbites. Cela m’a valu d’une part d’être remarqué par le grand astronome Jérôme Lalande, qui m’a engagé comme assistant, et d’autre part de devenir l’ami de Charles Messier, dont j’ai largement contribué à compléter le catalogue des nébuleuses qui porte son nom.

IGN : Et vous, Jean-Baptiste Delambre, vous êtes aussi un ancien élève de Lalande…
Jean-Baptiste Delambre : C’est en effet un des points que Pierre et moi avons en commun. Mais ce n’est pas le seul : nous sommes également tous les deux membres de l’Académie des Sciences, même s’ il est vrai que je n’y suis entré qu’en 1792, soit dix ans après Pierre - qui est mon aîné de cinq ans.

IGN : Or, à peine y êtes vous admis que vous devez remplacer Cassini IV et Legendre, au pied levé, si j’ose dire, pour la mesure du méridien…
JBD : C’est une période assez troublée, comme vous le savez, et le quatrième Cassini était plutôt royaliste, dans la lignée de ses glorieux ancêtres. Il sauvera sa tête mais devra abandonner certains privilèges dont il avait hérité, comme son logement de fonction à l’Observatoire de Paris.

IGN : En mars 1791, l’Assemblée nationale avait adopté le quart du méridien terrestre comme base du nouveau Système Métrique Décimal (SMD en abrégé, comme Saint-Mandé) et décidé d’en faire réaliser la mesure entre Dunkerque et Barcelone…
PM : Oui : le 19 juin de la même année, en tant que commissaire chargé des opérations, avec Borda et Cassini IV entre autres, j’avais été reçu par Louis XVI en personne qui, lui, n’aura pas sauvé sa tête. Et, un an plus tard, me voilà parti pour l’Espagne… Et sans le TGV de votre époque, c’est moi qui vous le dis…

IGN : Moyen mnémotechnique : Méchain dans le Midi Méditerranéen et Delambre à Dunkerque…. et Rendez-vous à Rodez !
JBD : En fait, j’ai commencé mes mesures en juillet dans la région Parisienne. Mon premier triangle a été terminé le 4 août…
PM : … et moi, en un peu plus de trois mois, j’ai achevé la triangulation en territoire espagnol. Juste à temps car, le 7 mars 1793, la France a déclaré la guerre à l’Espagne.

IGN : Mais, en avril, vous êtes victime d’un grave accident à Barcelone qui vous laisse une semaine dans le coma avec des côtes et les épaules cassées.
PM : Je n’ai pu reprendre les mesures dans les Pyrénées, avec mon fidèle assistant Tranchot, que la veille du 15 août. Or depuis déjà deux semaines, la Convention a adopté un mètre provisoire (dont la longueur est fixée à "36 pouces et 11,46 lignes" de la toise du Pérou). Une semaine plus tard, les Académies ont été supprimées et la Terreur s’est installée à Paris. Par-dessus le marché, Tranchot se fait enlever et, en novembre, je suis assigné à résidence à Barcelone à cause de la guerre franco-espagnole, avec interdiction d’accès au fort de Montjouy pour y vérifier mes observations et calculs astronomiques.
JBD : Quant à moi, je suis révoqué par le Comité de salut public, tout comme Borda, l’avant-veille de Noël, sous prétexte que nous avons signé une pétition de soutien au grand chimiste Lavoisier, qui a été arrêté et qui sera guillotiné le 8 mai 1794. Sale temps pour les savants. Je vais donc passer cette année-là dans ma maison-observatoire à Bruyères-le-Châtel…
PM : Tandis que moi, je m’embarque pour l’Italie en attendant que le traité de Bâle, le 22 juillet 1795, mette fin à cette guerre de part et d’autre des Pyrénées. En septembre, je reprends donc ma triangulation du côté de Perpignan avec le fameux pic de Bugarach…
JBD : De 1796 à 1798, j’ai volé de clocher en clocher entre Bourges et Rodez, où je suis arrivé le premier. Ce qui me permettra d’être à Paris pour accueillir les savants étrangers de la Commission internationale des poids et mesures, venus vérifier nos calculs pour assurer l’universalité de ce mètre-étalon conçu pour tous les peuples et pour tous les temps !
PM : Je ne suis pour ma part revenu à Paris qu’en fin d’année 1798, après six ans d’absence. Jean-Baptiste et moi terminerons les opérations par la détermination de la latitude du Panthéon.

Mis à jour le 
29/05/2015