Gerhard Kremer dit Mercator

L'année 2012 a vu le 500e anniversaire de la naissance du grand cartographe flamand. Nous l'avons rencontré le 1er décembre 1594, juste avant sa disparition de la surface terrestre qu’il a tant contribué à mettre à plat…

Mercator

IGN : Vous êtes né le 5 mars 1512 à Rupelmonde, un toponyme prédestiné pour l’inventeur d’un planisphère…
Mercator : Je suis natif des Flandres. De vos jours, je serai Belge comme le professeur Tournesol. Mais j’ai fait mes études à Hertogenbosch, aux Pays-Bas, puis à l’Université de Louvain, où je suis devenu philosophe.

IGN : Vous y adoptez le nom latin de Gerardus Mercator…
M : Tout naturellement car, en allemand, “Krämer” équivaut à “petit commerçant”. La suite de ma biographie montre aussi que j’ai bien su me vendre, bref faire de la mercatique avant tout le monde !

IGN : Grâce à vos voyages, vous prenez goût à la géographie…
M : C’est ainsi que la géographie prend vie ! De retour de mes pérégrinations, je trouve un père spirituel en la personne de Gemma Frisius qui m’apprend les mathématiques et l’astronomie.

IGN : Il établit la méthode de la triangulation, et pose les fondements de la géodésie.
M : Personnellement, je me sens plus attiré par le côté artisanal de la cartographie que par la topographie. C’est ainsi que je me lance dans la fabrication de globes terrestres & célestes et de cartes planes. A cette occasion je commence à réfléchir au passage des uns aux autres, donc au problème des projections.

IGN : Mais, en 1544, vous êtes emprisonné comme hérétique.
M : C’est surtout mon protestantisme qui me vaut d’être accusé… et, peut-être aussi, mes incessants déplacements à la recherche de l’information grandeur nature ! Heureusement, mon université prend ma défense et obtient ma libération au bout de sept mois…

IGN : Tiens ? Coïncidence historique : sept mois comme Cassini IV, sous la Terreur ! Du coup, vous partez vous installer à Duisbourg.
M : Ce n’est qu’en 1552 que j’émigre outre-Rhin pour fonder un atelier de cartographie en parallèle à mon enseignement des mathématiques.

IGN : Vous aimez déjà bien les parallèles. Vous allez même forcer les méridiens à devenir parallèles…
M : N’anticipons pas. Je publie d’abord une carte de l’Europe en 1554, qui sera rééditée l’année de la Saint-Barthélémy. Puis une carte de la Lorraine et une des îles britanniques en 1564 et, bien sûr, des cartes “à l’usage des marins”.

IGN : Cette année-là, vous devenez le cosmographe attitré du duc Guillaume de Clèves (aucun rapport avec la princesse).
M : Ainsi dégagé de tout problème financier, je me consacre entièrement à l’étude de ma nouvelle projection cylindrique conforme. Je travaille aussi avec l’excellent cartographe Ortelius et, juste avant que ne paraisse son “Theatrum”, j’édite, en 1569, mon fameux planisphère de 2,12 mx 1,34 m en 18 feuilles “ad usum navigantium” (“zum Gebrauch der Seefahrer”) : sur le papier pour aller d’un point A à un point B, rien de plus simple que de tracer une ligne droite avec une règle. Dans la nature, cette droite correspond à la route la plus facile à suivre pour les navigateurs, depuis l’invention de la boussole : celle "à cap constant", ou loxodromie.

IGN : Ce n’est pas le plus court chemin sur la sphère, ou orthodromie.
M : Certes jeune homme mais, de mon temps, la marine est à voile et on se soucie davantage du sens du vent que de la longueur du trajet.

IGN : Vous conservez les angles mais vous déformez les surfaces des continents, surtout vers les pôles.
M : Aucune projection n’est parfaite et, pour le moment, les bateaux évitent de s’approcher des latitudes extrêmes. Cela changera un jour mais je parie que ma projection sera encore utilisée dans 500 ans !

IGN : En 2015, il ne restera que trois exemplaires de votre planisphère de 1569 : à Bâle, à la BNF et à Washington. Mais on peut dire que vous avez fait école dans le monde entier.
M : En attendant, je fabrique 18 paires de globes pour un éditeur d’Anvers. Je publie une nouvelle version des cartes de Ptolémée, à titre historique, et je crée le premier système de symboles véritablement cartographiques.

IGN : Vous rebaptisez “Atlantique” le grand océan à l’ouest de Gibraltar, oublié depuis Hérodote, et vous utilisez en première mondiale le nom “Atlas” pour vos recueils de cartes.
M : Je me suis inspiré de la mythologie grecque avec le Titan Atlas qui porte la Terre sur son dos. Le plus dur consiste à publier des cartes de tous les pays ! Le tome 1 est paru en 1585, le tome 2 en 1590 et je prépare le tome 3 pour 1595, sans que je sois certain d’en voir la fin…

NDLR : Les deux fils de Mercator, notamment Romuldus, achèveront l’œuvre paternelle réunie un an après sa mort (survenue le 2 décembre 1594) en un seul grand Atlas de 107 cartes, gravées sur cuivre, de toute beauté.

Mis à jour le 
22/05/2015