Giovanni-Domenico Cassini, dit Cassini I

Nous sommes en 1712, sous le règne finissant du roi-soleil, de moins en moins brillant. Notre envoyé spécial dans la quatrième dimension de l’espace-temps a réussi à interviewer les quatre Cassini, en commençant chronologiquement par le premier de la dynastie.

Giovanni-Domenico Cassini, dit Cassini I

IGN : Buongiorno, signore Cassini, vous êtes un immigré italien, je crois…
Giovanni-Domenico Cassini : Absolument. C’est votre grand ministre Colbert qui m’a appelé à Paris, après avoir fondé l’académie des sciences en 1666, alors que j’étais l’astronome du Pape. On me reconnaît d’ailleurs juste derrière l’abbé Picard sur le tableau désormais classique où Colbert présente au roi Louis XIV les 66 membres de notre académie.

IGN : D’où venait votre réputation internationale ?
G-D C : J’ai obtenu en 1650, à 25 ans seulement, puisque je suis né à Perinaldo en 1625, la chaire d’astronomie à l’université de Bologne et dressé les plans de la nouvelle méridienne de l’église San Petronio. J’ai ensuite étudié les cours du Pô et du Reno et suis devenu surintendant des eaux pour les Etats de l’Eglise. Enfin j’ai observé les éclipses du soleil ainsi que les satellites de Jupiter, puis ceux de Vénus & Mars, dont j’ai publié des tables susceptibles d’améliorer la cartographie terrestre, en attendant, bien sûr, l’invention du chronomètre de marine par Harrison, pour le calcul des longitudes, et celle du GPS par vos contemporains…

IGN : Quel a été votre premier travail scientifique en France ?
G-D C : Ma première mission consistait à conseiller Colbert à propos de la construction de l’Observatoire de Paris. Cela m’a valu d’entrer en conflit avec l’architecte Claude Perrault, le frère du conteur Charles, mais j’ai obtenu gain de cause grâce à l’appui du roi-soleil.

IGN : Quand avez-vous reçu la nationalité française ?
G-D C : En 1673, deux ans après mon installation à l’Observatoire. Et j’en ai profité dans la foulée pour franciser mon prénom en Jean-Dominique, puis épouser Geneviève Delaistre, fille du lieutenant général de Clermont-en-Beauvaisis, et acquérir enfin le château de Fillerval dont je rêvais, situé quasiment sur le méridien de Paris, dans le canton de Mouy, près de Thury, aujourd’hui dans le département de l’Oise, lequel n’existait pas encore je vous le rappelle pour éviter tout anachronisme dans cette histoire…

IGN : Quelle a été la suite de votre œuvre dans l’hexagone ?
G-D C : Je fus chargé avec mon ami l’abbé Picard de procéder à une série de déterminations astronomiques sur le pourtour du royaume, et en particulier dans les ports pour fixer leurs coordonnées géographiques.

IGN : Et le résultat de vos observations de terrain fut la fameuse « carte de France corrigée par ordre du Roy» ?
G-D C : Exactement. Et quand notre collègue La Hire présenta au roi Louis XIV, en 1682, ce nouveau tracé du trait de côte, en rouge, comme sur le Géoportail, nettement en retrait par rapport à celui de son géographe de cabinet Nicolas Sanson, le roi-soleil ne put s’empêcher de plaisanter en prononçant la célèbre réplique : « Ces messieurs de l’académie avec leurs chers travaux m’ont coûté une partie de mon royaume et m’ont pris plus de territoire que tous mes ennemis réunis ! »

IGN : Il continua cependant de financer vos activités de recherche scientifique…
G-D C : L’abbé Picard se lança en effet dans la mesure de l’arc de méridien entre Paris et Amiens, trouvant au passage comme longueur du degré 111km210, dans votre système métrique actuel, ce qui est vraiment remarquable pour notre époque… Il mourut malheureusement cette année là et je dus le remplacer à la tête de l’Observatoire. Je décidai alors avec La Hire de continuer son œuvre entre Dunkerque et Perpignan.

IGN : C’était compter sans la mort de Colbert…
G-D-C : Effectivement, celle-ci intervint dès 1683 et elle interrompit ces travaux géodésiques de triangulation : vers le nord, La Hire fut bloqué à Béthune, et vers le sud, je ne dépassai pas moi-même le centre de la France à Bourges…

IGN : Vous avez bien fait d’assurer votre succession…
G-D C : Et oui, à 87 ans, en ce 13 septembre 1712, je sens venir ma mort prochaine… Heureusement que mon fils Jacques, dit Cassini II, est également membre de l’académie des sciences et qu’il m’a succédé comme directeur de l’Observatoire depuis 1700, mais ceci est une autre histoire… Pour ma part avant de devenir aveugle sur la fin de mes jours, j’ai quand même réussi à établir la première carte de la Lune, à découvrir quatre nouveaux satellites de Saturne ainsi qu’une rupture dans son anneau qui porte désormais mon nom, paraît-il, tout comme une sonde spatiale, un cratère de la surface lunaire, un autre sur Mars et enfin l’astéroïde 24101…Pas mal, pour un travailleur immigré, non ?

Mis à jour le 
22/05/2015