Jacques Cassini, dit Cassini II

Nous sommes le 13 avril 1756 et notre report-Terre, avec sa machine à remonter le temps, a eu du mal à retrouver Jacques Cassini car il ne disposait d’aucun portrait de lui. Nonobstant cet inconvénient, il s’est présenté au château de sa mère à Fillerval, propriété familiale des Cassini, près de Thury.

Cassini II

IGN : Bonjour Jacques, vous ressemblez à votre illustre père Giovanni-Domenico.
Jacques Cassini : Vous ne croyez pas si bien dire, puisque d’une part je lui ai succédé à l’académie royale des sciences en 1712, comme pensionnaire, et d’autre part je l’ai remplacé à la tête de l’Observatoire de Paris, dès 1700.

IGN : Il vous a associé très tôt à ses travaux.
JC : J’ai commencé mes études à l’Observatoire, où je suis né le 18 février 1677, et je les ai poursuivies au collège Mazarin où j’ai soutenu à 24 ans une thèse d’optique. Et j’ai eu la chance pour l’époque de pouvoir voyager en Europe : avec mon géniteur en Italie, puis dans les Flandres, aux Pays-Bas et en Angleterre.  

IGN : En Angleterre, vous êtes l’ami des savants du moment.
JC : Grâce à la gloire de mon père, je fréquente Isaac Newton, Edmund Halley, célèbre par l’étude de la comète qui porte son nom, et John Flamsteed, inventeur d’une projection cartographique. J’ai été admis à la Royal Society de Londres ainsi qu’à l’académie de Berlin.

IGN : Vous avez continué sur le terrain la mesure du méridien de Paris commencée par votre père mais interrompue par la mort de Colbert en 1683.
JC : En 1700, j’ai pu reprendre ces travaux géodésiques, vers le sud en enchaînant la triangulation sans interruption de Bourges – où il avait dû s’arrêter - jusqu’à Perpignan, tandis que le propre fils de La Hire achevait la partie nord de Béthune (où son père était arrivé) jusqu’ à Dunkerque en 1718 !

IGN : Et en parallèle à la méridienne, vous faites une carrière administrative.
JC : J’ai été nommé maître ordinaire à la Chambre des comptes, puis magistrat à la Chambre de justice, et enfin conseiller d’Etat.

IGN : En 1720, vous avez publié votre « Traité de la grandeur et de la figure de la Terre », où vous écrivez « La circonférence de la terre n’est pas une figure sphérique ».
JC : Jusque là j’avais raison… mais après j’ajoute : « sa surface doit avoir la figure d’une ellipse allongée vers les pôles ». Evidemment pour vous c’est facile, confortablement installé dans votre futur, de se moquer des erreurs du passé, mais à mon époque, les avis étaient partagés entre ceux que l’ont surnommait les « Cassiniens », partisans de la Terre en forme de citron et les « Newtoniens » qui prônaient plutôt une Terre aplatie aux pôles, comme une mandarine !

IGN : D’autant que vos mesures effectuées sur la perpendiculaire à la Méridienne semblaient confirmer votre théorie.
JC : En 1733 je fus chargé par Orry, contrôleur général des finances, de poursuivre la triangulation générale de la France. J’ai donc mesuré la perpendiculaire à la Méridienne de Paris, entre St-Malo et Strasbourg et mes résultats allaient dans le même sens que les précédents. Malgré mon estime pour Newton, je donnais la priorité au terrain par rapport au raisonnement abstrait.

IGN : C’est alors qu’intervint l’académie des sciences ?
JC : Cette dernière, pour trancher la controverse qui agitait non seulement les milieux scientifiques mais également les salons parisiens et européens, décida alors d’envoyer en 1735 une expédition au Pérou –avec Bouguer, La Condamine et Godin- afin de mesurer un arc de méridien proche de l’Equateur. Cette expédition épique ne revint que huit ans plus tard, après bien des aventures, du Chimborazo à l’Amazonie.

IGN : Voyage merveilleusement relaté récemment par Christel Mouchard dans « Dona Isabel » chez Laffont.
JC : Sans attendre ni le XXIème siècle ni même le retour de cette première équipe de scientifiques, l’académie organisa une autre expédition, en Laponie cette fois, avec Clairaut, Maupertuis & l’abbé Outhier pour effectuer en 1736 une mesure du méridien à proximité du pôle nord.

IGN : Et les résultats de Maupertuis, de retour de Laponie en 1737, établirent de façon formelle l’aplatissement de la Terre aux pôles, donnant ainsi raison à Newton.
JC : Pour ma part je m’étais consacré entre-temps à de patientes observations des planètes et de leurs satellites pour déterminer les inclinaisons de leurs orbites et j’ai mis en évidence la réalité d’un mouvement propre des étoiles.

IGN : Quand avez-vous décidé de passer le relais à votre propre fils César-François ?
JC : A 62 ans, j’ai pris progressivement ma retraite scientifique, laissant au deuxième de mes cinq enfants, le soin de poursuivre l’œuvre familiale, notamment la vérification de la Méridienne de Paris qui lui fut confiée par l’académie, mais ceci est une autre histoire…

NDLR : le lendemain de cet interview historique, Jacques Cassini fut victime d’un accident de la circulation. Atteint à la colonne vertébrale, il décéda à l’âge de 79 ans. Il a laissé son nom à l’astéroïde 24102.

Mis à jour le 
21/05/2015