Jean-Baptiste d'Après de Mannevillette, le navigateur cartographe

Jean-Baptiste-Nicolas-Denis est né le 11 février 1707. Il est le quatrième fils de Jean-Baptiste-Claude D’Après de Blangy et de Madeleine Françoise Marion qui eurent ensemble cinq garçons. À I'âge de six ans, il perd sa mère. Délaissant les jeux de son âge, il se réfugie dans les mathématiques, étudiant même pendant les vacances avec son père qui I'avait mis en pension au collège des Jésuites à Rouen.

Jean-Baptiste d'Après de Mannevillette

IGN : Très jeune vous ressentez l’appel du large et vous insistez pour partir avec votre père sur un vaisseau...
Jean-Baptiste-Nicolas-Denis d’Après de Mannevillette : En 1719, mon père prend le commandement du “Solide”, vaisseau en partance pour les Indes. J’insiste tant et si bien pour embarquer qu’il finit par céder et me prend comme enseigne d'honneur. L'aumônier du bord devient mon précepteur, mais arrivé à Pondichéry, le collège des Jésuites m’attend. J’y resterai six mois pour me perfectionner en géométrie et apprendre les notions élémentaires de l’astronomie.

IGN : De retour en France, continuez-vous vos études ?
JB.M : Je désire étudier l’hydrographie : l’étude et la description des cours d’eau et des étendues d’eau (océans, mers, lacs...). Mon père me confie à deux éminents professeurs de Paris : le géographe Guillaume Delisle et l'astronome Desplaces.

IGN : Votre goût pour la navigation, les voyages ne vous quitte pas, aussi, dès votre adolescence vous reprenez la mer.
JB.M : Dès l'âge de 19 ans, je reprends la mer, cette fois-ci comme officier à bord du vaisseau “Maréchal d'Estrées” pour un voyage triangulaire au Sénégal et aux îles d’Amérique. Malheureusement, le navire fera naufrage au départ de Saint- Domingue.

IGN : Dans un “entre-deux-mers”, vous vous mariez ?
JB.M : En 1732, je m’installe à Lorient. C’est dans cette ville que j’épouserai mademoiselle de Binard.

IGN : Débute ensuite une série de campagnes de navigation?
JB.M : Exact, en 1736, j’embarque pour la Chine comme second lieutenant auprés du capitaine Danican ; puis l’Afrique au Cap de Bonne Espérance. C'est au cours de ce voyage que je fais l'essai du nouveau “quartier anglais” ou octant qu'Hadley venait de mettre au point. Je le simplifie en supprimant le miroir qui permet d'observer par derrière. Et enfin aux Indes. Tous ces voyages vont me permettre de travailler la cartographie. Les mesures, les relevés, les sondages seront les éléments nécessaires à la rédaction d’un ouvrage.

IGN : Pouvez-vous nous en dire plus sur cet ouvrage de renommée internationale ?
JB.M : À mon retour de Pondichéry, en juin 1742, je présente à l'Académie des sciences le manuscrit de mon premier routier des Indes orientales et de la Chine. Celle-ci Ie juge utile à la sûreté et au progrès de la navigation et m'admet comme membre correspondant de I'astronome Pierre Charles Le Monnier. En 1745, la première édition du “Neptune Oriental” est publiée. C’est un recueil de cartes marines et d'instructions nautiques de la route des Indes orientales et de la Chine par Ie Cap de Bonne Espérance. Ces cartes sont accompagnées de compléments : description des côtes, vents dominants, courants marins… Il est accueilli avec joie par tous les navigateurs européens longtemps frustrés par le secret et les lacunes cartographiques entretenues par les Portugais et les Hollandais dans ces régions du monde. La Compagnie des Indes prend à sa charge les frais d'impression mais j’y consacre une partie de ma fortune personnelle.

Carte réduite de l'Océan OrientalCarte réduite de l'Océan Oriental depuis le Cap de Bonne Espérance jusqu'au Japon par
le cartographe français Jean-Baptiste d'Après de Mannevillette

IGN : On dit que le “Neptune Oriental” est la réalisation la plus aboutie de l’hydrographie française. Vous confirmez ?
JB.M : Il obtient un bon succès, y compris outre-Manche. Pour établir ces cartes, j’étais le premier à avoir déterminé la longitude en mer par la distance de la lune au soleil et aux étoiles avec l’octant.

IGN : L’octant est donc un instrument de navigation?
JB.M : Je crois être également le premier navigateur français à avoir utiliser l'octant, aussi appelé “quartier de réflexion” ou “quartier anglais”. C’est effectivement un instrument de navigation mis au point en 1731 par l'astronome britannique John Hadley pour calculer la latitude mais aussi la longitude avec la méthode des distances lunaires ; ce qui me permet d'améliorer la connaissance de la position de plusieurs points géographiques à partir desquels je vais pouvoir recartographier les côtes. C’est avec l’octant que j’entreprends alors de corriger les cartes existantes, ainsi que d'en créer de nouvelles.

IGN : En 1755, la France et l’Angleterre se déclarent la guerre. Événement important dans votre carrière?
JB.M : Je prends le commandement d'un navire faisant partie d'une escadre de six vaisseaux qui prennent la mer pour l'Inde sous l'autorité de monsieur Dache en 1757. Je me révéle, dit-on, lors de cette campagne, moins brillant combattant qu'hydrographe. Je décide alors de renoncer à la navigation. J’ai alors 52 ans dont 35 à bord de différents vaisseaux.

IGN : Quelles sont les conséquences logiques de vos compétences particulières ?
JB.M : Je deviens membre correspondant de l'Académie des sciences. Puis en 1762, je suis nommé directeur du Dépôt de tous les journaux, cartes et plans relatifs à la navigation des vaisseaux de la Compagnie à Lorient. Une occasion inespérée pour travailler à la mise au net de mon “Neptune Oriental” dont la première édition est dépassée. Encore plusieurs années de travail, d'autant plus qu'à la suite du naufrage du “Dromadaire” aux îles du Cap Vert, Ie ministre de la Marine me demande de rédiger de nouvelles instructions nautiques. Celles-ci paraissent en 1765 sous Ie titre “Mémoire sur la navigation de France aux Indes” et me valent tous les honneurs : anoblissement et pension annuelle de 1 200 livres.

Mis à jour le 
22/05/2015