Philippe de La Hire, l’irréductible encyclopédiste

La Hire est passé à la postérité pour avoir présenté à Louis XIV en 1682 la carte de France qui fait apparaître en rouge le trait de côte rectifié par les académiciens, de retour de leurs observations astronomiques sur le terrain, en retrait par rapport à celui de Nicolas Sanson, le cartographe de cabinet du Roi-Soleil.

Philippe de La Hire

IGN : Votre père était peintre ?
La Hire : Oui, sous le nom de Laurent de La Hyre, et il m’a enseigné la peinture et le dessin d’art. J’ai par ailleurs étudié la géométrie et la perspective en plus de ma formation littéraire classique : latin, grec et musique.

IGN : Vous vous mariez à 30 ans en 1670.
LH : Ma chère Catherine Lesage, outre ses 4000 livres de dot, me donnera 4 enfants, dont 3 filles, mais décédera malheureusement prématurément en 1681.

IGN : Votre fils sera astronome et membre de l’Académie royale des sciences comme vous.
LH : N’anticipons pas. Il n’a qu’un an quand j’entre moi-même à l’Académie en 1678 grâce à mes travaux de géométrie et notamment ma Nouvelle Méthode pour les Sections des Superficies Coniques publiée 5 ans plus tôt et dédiée à Colbert.

IGN : Vous devenez alors une véritable encyclopédie vivante…
LH : Je publie en effet des mémoires dans beaucoup de matières, par ordre alphabétique : architecture, astrologie, astronomie, catoptrique, chronologie, cosmologie, dioptrique, géométrie, gnomonique, histoire naturelle, hydraulique, instruments scientifiques, mathématiques, météorologie, nivellement, et enfin physique ! Tout en continuant à peindre et à dessiner.

IGN : Vous travaillez aussi avec le fameux abbé Picard.
LH : Nous partons en Bretagne, sur ordre du Roi et de Colbert, pour effectuer des observations astronomiques afin d’établir une nouvelle carte de France. Nous continuons sur la côte de Guyenne en 1680.

IGN : Vous vous remariez avec une autre Catherine –Nonnet–, peu après le décès de la première.
LH : Nous aurons 5 enfants ensemble, 3 filles et 2 fils cette fois… J’ai été presque aussi productif en la matière qu’en mémoires dans l’Histoire de l’Académie royale des Sciences !

IGN : Vous vous installez peu après à l’Observatoire de Paris avec votre famille.
LH : Je remplace Ole Romer reparti dans son Danemark natal après ses travaux sur la vitesse de la lumière. Je continue les mesures astronomiques sur les côtes de Provence avec Jean Le Febvre. Ce qui me permet de présenter à Louis XIV, avec mes collègues académiciens, la désormais fameuse carte de France rectifiée sur ordre du Roi.

1682, la France corrigée sur l’ordre du Roi
1682, la France corrigée sur l’ordre du Roi

IGN : Lequel prononce la célèbre phrase : « Ces chers messieurs de l’Académie, avec leurs grands travaux m’ont coûté une partie de mon royaume et m’ont pris plus de territoire que tous mes ennemis réunis ! »
LH : Il n’est cependant pas rancunier puisqu’il décide de financer l’étape suivante, à savoir la prolongation de la mesure du méridien de Paris amorcée jusqu’à Amiens par le regretté abbé Picard. Je vais donc me charger de l’arc compris entre Amiens et Béthune tandis que Giovanni-Domenico Cassini, ex-astronome du Pape, débauché par Colbert, joindra Paris à Bourges. 

IGN : En raison de la mort de Colbert, ce ne sont que vos fils, Gabriel-Philippe de La Hire et Jacques Cassini, qui pourront la mener à son terme, de Béthune à Dunkerque et de Bourges à Perpignan, respectivement, entre 1700 et 1718.
LH : Avec Cassini I à l’Observatoire nous dressons et dessinons une carte de la Lune de grande dimension et j’édite 2 ouvrages posthumes : le Traité du nivellement  de Picard et Traité du mouvement des eaux de Mariotte.

IGN : Vous enseignez les mathématiques, l’astronomie et la physique au Collège royal, après Roberval dont vous publierez des mémoires.
LH : Et 5 ans plus tard je deviens également professeur à l’Académie royale d’architecture, jusqu’à mes 75 ans, en géométrie, perspective, architecture, mécanique, optique et hydrostatique, excusez du peu…

IGN : En 1693 vous publiez, entre autres, les Observations sur les côtes de France avec la carte présentée à Louis XIV en 1682 d’où les 2 dates qui coexistent dans la littérature cartographique…
LH : J’ai traité aussi bien des Epicycloïdes que des Effets de la Glace & du Froid, des Différences des Sons de la Corde & de la Trompette marine ou des Différents accidents de la vue…

IGN : Quant à Nicolas de Fer, il réédite au moins à 3 reprises vos 2 planisphères célestes, notamment en 1702 où vous devenez Directeur de l’Académie royale des sciences.
LH : Ma plus grande fierté est d’installer dans les pavillons de Marly restaurés par Mansart les 2 globes géants, terrestre & céleste, de Coronelli, aujourd’hui à la BNF je crois…

IGN : Vous enterrez votre seconde épouse en 1709.
LH : Hélas ! Si cela continue, seul Fontenelle me survivra…

PS : Philippe de La Hire ne croyait pas si bien dire. C’est en effet Bernard le Bouyer de Fontenelle, futur centenaire, qui prononcera son éloge funèbre le 12 novembre 1718 !

Mis à jour le 
01/07/2015