Pierre Desceliers : fondateur de l’école de cartographie de Dieppe

Pierre Desceliers, abbé d’Arques-la-Bataille (Seine-Maritime) où il est né vers 1500 et passionné de cartes, fonda l’école de cartographie de Dieppe. Il créa la série maritime “Cartes de Dieppe” et dessina les premières mappemondes d’après les portulans portugais. La réputation de son école dépassant les frontières, il eut de prestigieux clients : sa gracieuse majesté Henry II roi de France, Henry VIII d’Angleterre, la marine royale portugaise et, pendant un court temps, la marine espagnole. Notre envoyé spécial est entré à l’église d’Arques-la-Bataille, par une journée hivernale de 1543.

Desceliers

Pierre Desceliers, qu’est-ce qui vous a amené à la cartographie ?
Mon sacerdoce m’oblige à rester à terre, dans l’écoute de mes contemporains. Mais j’aime représenter mes observations par le dessin. Autant donc joindre l’utile à l’agréable en écoutant et reportant sur le papier ce que mes amis me racontent.

Et qui sont ces amis ?
De grands commerçants et négociants obligés de voyager. J’ai eu l’honneur de compter parmi eux l’armateur Jehan Ango de Dieppe, commerçant importateur d’épices. Mais j’ai également rencontré Jean de Verrazzane, Fernand de Magellan, les frères Jehan et Raoul Parmentier.

Et pourquoi justement ces hommes ?
Parce qu’ils sont avant tout des aventuriers et des découvreurs qui mettent leurs connaissances au service des hommes et non de la guerre.

Pourtant, ils portent des armes.
Oui, mais c’est surtout par tradition. Ils n’ont aucune intention de s’en servir et cela concorde avec mes opinions.

Qu’attendent-ils de vous ?
Que je reproduise les dessins et les annotations de leurs découvertes afin que d’autres puissent emprunter leurs chemins ou qu’ils puissent eux-mêmes les retrouver. Je crée donc des cartes marines et, en les assemblant avec les points de repères que les explorateurs m’ont indiqués, je peux reconstituer les îles et la côte des continents.

Comment appelez-vous ces cartes ?
Des “mappemondes”. C’est un néologisme que j’ai formé à partir des mots latins “mappa” (carte) et “mundi” (monde).

Mais, malgré votre passion, vous restez à terre.
Oh, que oui ! Déjà, quand je marche sur un pont, j’ai la tête qui tourne. Alors, vous pensez, sur un bateau…! Et puis, avec mes cartes, je partage un peu de leurs voyages.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Sur la Grande Jave.

La “Grande Jave” ? Cela ne me dit rien du tout.
C’est une très grande terre de l’archipel situé au-delà des Indes.

Ce doit être l’île qu’à mon époque, nous appelons Sumatra… ou peut-être même l’Australie… je me renseignerai… D’où tenez-vous vos renseignements pour constituer cette carte ?
Des récits du portugais Cristovao De Mendonça, un ami de Magellan. Il a estimé que l’École de cartographie de Dieppe était la meilleure pour faire sa carte, avec ce qu’il appelle le “repérage des sens du vent : Est - Sud -Ouest - Nord”. Mais je vais le baptiser “Rose des vents” : ça sonne mieux, vous ne trouvez pas ?

Ça sonne même très bien. Avez-vous d’autres projets ?
Beaucoup. Les côtes de France pour sa seigneurie le Duc de Guise, puis j’honorerai avec son frère Jérôme, la mémoire de Jean de Verrazane, qui m’avait demandé de lui dessiner la Terre d’Angoulême qu’il a découverte. Je peux vous montrer où cela se trouve sur ce globe. C’est ici…

… New York !
Vous dites…?

Non, non… rien. Et puis…
J’ai une commande en préparation pour notre roi François 1er, puis mon ami Jehan Ango veut envoyer un de ses capitaines de navire, Thomas Aubert, à Terra Neuva. Les Parmentier ont l’intention de rejoindre les Moluques en suivant les traces de Magellan… Mais vous connaissez déjà cette histoire-là, non ? Mon ami Antonio Pigafetta m’a dit qu’il avait reçu visite d’un envoyé spatiotemporel spécial venu le voir juste après son retour d’Espagne.

Oui, effectivement. Il s’agit d’un de mes collègues de l’Institut national de l'information géographique et forestière.
Tiens ? Et qu’y faites-vous, dans cet institut ?

Des cartes.
Oh, nom de nom ! J’aurais dû m’en douter !

Mis à jour le 
22/05/2015