Guillaume-Henri Dufour, le Cassini suisse

Premier général de la Suisse, homme d’État, cartographe inspiré et humaniste engagé, il est resté pour les Suisses le symbole de l’unité nationale. Il fit adopter le drapeau à croix blanche sur fond rouge et co-construisit la Croix-Rouge internationale avec Henri Dunant en imposant le même drapeau mais inversé ! Rencontre le 14 juillet 1875.

Guillaume-Henri Dufour, le Cassini suisse

IGN : vous êtes né sur les bords du lac de Constance deux ans avant la Révolution française.
Guillaume-Henri Dufour : à 20 ans j’ai pu profiter d’une des créations de cette révolution en intégrant l’École Polytechnique, de justesse, en 140e position sur 144.

IGN : vous enchaînez avec une spécialisation en fortifications.
GHD : j’étudie à l’École d’application du génie de Metz ; je passe directement aux travaux pratiques à Corfou, une des îles ioniennes, où j’ai débuté mon service actif, et j’entre à l’état-major général.

IGN : vous vous passionnez pour la topographie, nouvelle discipline scientifique.
GHD : je suis promu capitaine de l’armée française en 1812, cinq ans avant de le devenir dans la nouvelle armée suisse ! Entre-temps je suis blessé au combat contre les anglais et fait prisonnier outre-Manche. De retour de captivité, je planifie les fortifs de Lyon avant la chute de l’Empire.

IGN : vous quittez donc l’armée française, en demi-solde, et vous revenez à Genève enseigner à l’Académie des arts.
GHD : je me marie avec Suzanne Bonneton qui me donnera quatre filles, et je deviens simultanément capitaine et ingénieur cantonal. J’entre également comme instructeur du génie à la nouvelle École militaire centrale de Thoune où j’aurai comme élève en 1830 le futur Napoléon III auquel je rendrai service lors de son extradition en 1837.

IGN : auparavant vous publiez de nombreux ouvrages : Mémorial sur les travaux de guerre, De la fortification permanente, Considération sur les ponts en fil de fer, et expériences y relatives.
GHD : je ne me contente pas d’écrire : je construis, dès 1823, le premier pont suspendu à câbles au monde, qui sera démoli en 1862 ! Membre du conseil représentatif de Genève, je voyage en France  et en Italie et m’intéresse à toutes les nouveautés technologiques comme l’éclairage au gaz, ou le bateau à vapeur.

IGN : tout en poursuivant votre carrière militaire : colonel fédéral en 1827, Chef de l’état-major général en 1831.
GHD : je le resterai jusqu’à mes 80 ans, année de la disparition de mon épouse. Étant aussi nommé Quartier-maître général, je dirige les travaux de triangulation pour la première carte détaillée de la Suisse ainsi que l’École militaire de Thoune, tout en continuant la construction d’autres ponts, suspendus ou non.

IGN : en 1837, vous créez le premier Bureau topographique, à Carouge, qui deviendra SwissTopo.
GHD : je suis fier de mon année 1840 où je publie mon Cours de tactique et où surtout je fais adopter le drapeau fédéral de la Suisse qui devrait durer plus longtemps que mon pont de Bel-Air, mon meilleur, mis en service en 1837 mais détruit en 1853.

IGN : vous publiez la Carte topographique du canton de Genève au 1 : 25 000 en 1842 et vous devenez membre du Grand Conseil de Genève.
GHD : l’année 1845 est aussi fertile en événements pour moi : publication des deux premières feuilles de la Carte topographique de la Suisse au 1 : 100 000, qui restera dans l’Histoire sous le nom de carte Dufour ; emménagement dans ma maison de Contamines, que j’ai fait construire dans ce quartier sud de Genève ; voyages en France et en Allemagne pour découvrir des lignes de chemin de fer, invention pleine d’avenir ! Je fonderai en 1852 une société pour la construction de la voie ferrée Lyon-Genève qui se concrétisera en 1858.

IGN : en 1847, vous maniez aussi bien le sabre que le goupillon.
GHD : je suis effectivement nommé commandant en chef des armées lors de la guerre du Sonderbund et membre du Consistoire de l’église protestante de Genève.

IGN : puis conseiller national du canton de Berne ainsi que général, grade que vous porterez lors de trois campagnes !
GHD : en 1854, conseiller national du canton de Genève où je défends le système unifié de poids et mesures. L’année suivante ma carte obtient la médaille d’or à votre exposition universelle de Paris !

IGN : 10 ans plus tard vous présidez le Congrès international fondateur de la Croix-Rouge.
GHD : En 1863 le point culminant de la Suisse est baptisé « Dufour-Spitze » de mon vivant. Même si la publication de la Carte générale de la Suisse au 1 : 250 000 n’aura lieu que 10 ans plus tard, on peut dire que c’est le sommet de ma carrière !

Mis à jour le 
02/10/2017